Champ de ruines

24 novembre 2010 | Posté dans Ecoute enfant..., Esthétique | 1 commentaire »

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L’Irlande est un pays extraordinaire. Riche d’un millénaire de bruit et de fureur, de l’infinie douceur de ses collines, du vent blanc qui souffle sur les herbes entremêlées, des nuages qui courent la mer, et des voix de cristal qui réchauffent les veillées.

Donegal 2008

Qui la parcourait autrefois, retrouvait l’innocence : écolières en uniforme marchant par deux sur le trottoir, route qu’on partage avec les moutons à tête noire, et le roi saumon, qui ne hantait pas que les conversations d’après-boire. Par-dessus tout cela, flottait dans les regards une fierté teintée de dérision finaude, qu’une langue impro-nonçable offrait en conversations interminables à l’étranger de passage.

Vaincues sont les tourbières aux chevelures d’ajoncs

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Mais l’Irlande a changé. En peu d’années, de prétentieuse bâtisses climatisées à la laideur californienne, ont colonisé la plage, masquant les maisons de pêcheurs nichées à l’abri du vent. Offertes aux regards sur l’esplanade qui les entoure, une, deux, cinq autos flambant neuves témoignent bruyamment de la prospérité familiale. Des stations-services cathédrales ont poussé le long des routes élargies, effondrant les murets de pierre sèche.  Sur les collines dominant la mer, des armées de mobile-home, alignés comme pour combattre, ont vaincu les tourbières et leurs chevelures d’ajoncs. On ne fume plus dans les pubs, on y entend aussi moins de musique. Et pour l’étranger, à qui jadis on offrait un verre, rarement se détourne le regard vissé à l’écran plat.

Il a fallu dix siècles d’efforts et de souffrances pour bâtir ce pays rude et soyeux.

Il a suffit de dix ans à un système absurde pour en faire un champ de ruines.

Pensons-y pour le nôtre.


Ce que l’esthétique fait à l’éthique

14 juillet 2009 | Posté dans Ecoute enfant..., Esthétique | Aucun commentaire »

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Aux temps déjà lointains où ce blog est venu au monde, il ne m’est pas apparu nécessaire d’en expliciter le sous-titre, «Ethique et esthétique», tant le parrainage de Jules Barbey d’Aurevilly, sous lequel je l’avais placé, me semblait faire sens.

J’ai donc limité l’A Propos à une simple déclaration de principe, essentiellement personnaliste, et qui traduisait avant tout une aspiration à l’accord intérieur, à la réconciliation du «je» et du «moi», du discours et de l’action, exigence trop souvent ignorée par une époque ayant fait du mensonge le couteau suisse de la réussite.

Au fil des articles, cependant, il est apparu que la dimension sociale de l’esthétique, à laquelle j’avais tout d’abord fermé la porte, s’invitait à la faveur d’une réflexion sur la réalité sociétale (Ah ! Les femmes …), politique (De l’éthique et des montres…) ou même … métaphysique (Dieu se marre …).

Et que le propos de ce blog, s’il voulait échapper au narcissisme à quoi se résume trop souvent le dandysme contemporain, devait, à partir d’une esthétique conçue comme support d’une éthique personnelle étendue aux proches, cheminer vers une dimension sociale et donc proprement politique.

L’occasion m’en a opportunément été offerte par le commentaire lapidaire de Nicole, qui, réagissant au billet précédent (C’était un dandy), a jeté une lumière crue(lle) sur les quiproquos qui pouvaient naître de mes positions en cette matière. Il m’arrive de penser que le sujet même du billet incriminé peut m’avoir été inspiré par le besoin de résoudre cette contradiction. Merci à Nicole pour m’avoir poussé dans ce retranchement-là, et rendez-vous dans un prochain billet pour aborder le splendide et terrible aphorisme

«Ce qui est beau n’est jamais mal»

C’était un dandy

8 juin 2009 | Posté dans Esthétique | 10 commentaires »

 
Georges Brummel : «La mise du dandy se doit d’être irremarquable»

Contrairement à ce qu’un vain peuple imagine, abusé par les élégants de pacotille dont l’abreuve une époque avilie, ce n’est pas par l’extravagance que le dandy impose sa loi. Tout à rebours, c’est la sobriété recherchée de son habit qui souligne l’éclat du regard ou la force retenue d’un geste.

hauptmann-marseille-1942Manches relevées, la chemise ample suggère l’action. Le foulard, noué contre le sable, obture à grand’peine le col ouvert. Entre la casquette, crânement posée, et la Croix de fer, seul perce le regard tendu

Charles Baudelaire «L’art du dandy, c’est de résister à la veulerie de son époque»

D’août 40, sur la Manche à décembre 42, en Afrique, il a accumulé 158 victoires. Il chassait en solitaire, économisant les munitions au point d’en ramener parfois à son retour. Dix-sept victoires en une seule journée de septembre, près de Benghazi. 

Portant le cheveu long dans une armée à tête rasée, indiscipliné, au point, un jour, de quitter sa formation pour atterrir dans le désert afin de satisfaire un besoin naturel, il ne dut qu’à son courage la croix de fer avec feuilles de chêne et diamants, que 5 autres seulement, obtinrent en six ans de guerre.

Il était beau et talentueux, élégant et désinvolte. Ses ancêtres français, probablement.

Il s’appelait Hans-Joachim Marseille. Il avait 23 ans, et repose en Lybie.

Hauptmann Marseille, die Schwalbe von Afrika.  

L’Europe dont on parle aujourd’hui ne mérite pas de tels héros

Ta tiiiii ta tata taaaa !

17 février 2009 | Posté dans Esthétique | 2 commentaires »

Ta tiiiii ta tata taaaa ! Ta tiiiii ta tata taaaa ! Ca, c’est d’la chanson, Léon ! D’la ritournelle comme on aime, avec un p’it goût de vin blanc sur les bords de la Marne, une fille aux yeux clairs, un garçon à casquette, et deux vélos appuyés contre un peuplier. On est en 1934. Encore deux ans, et ils partiront en congés payés. Deux semaines !

Non, ce n’est pas de la provoc’. Juste un p’tit air qui me trotte dans la tête depuis ce matin. Mais cette scie-là, en plus d’être une scie, c’est une vraie leçon pour les temps qui courent. Car la chanson donne la température d’une époque. Sans études, sans statistiques, un auteur, un compositeur saisissent au vol le temps qui passe. Vite composée, vite chantée, leur ritournelle concentre l’instantané, et le propulse dans nos cerveaux. Elle y croise nos soucis, nos espoirs, nos angoisses. Si elle y répond, hop, c’est parti pour un jour, une semaine, un mois : elle s’installe et prend ses aises.

 Voilà ce qu’on chantait, il y a 75 ans, 5 ans après la crise, 5 ans avant la guerre.

Nietzche : «Je ne croirais qu’en un dieu qui serait danseur»